jeudi 15 décembre 2011

Atrosis

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(Par Lucy Dayrone)


La dimension cachée

Des rêves en noir et blanc, des âmes perdues, des amours infernaux, il est des mondes par delà le nôtre dans lesquels les éléments primordiaux ne sont pas les mêmes que ceux que nous touchons ici. L’art parfois révèle cette autre matière, secrète souvent faite de tourments ou de passions. Et c’est parfois discrètement que la musique dite gothique nous invite à la suivre au-delà des apparences, dans la dimension sombre des choses.

Entre les êtres qui battissent ces portails sonores et ceux qui les traversent, il y existe une relation profonde et souvent ignorée. A chaque artiste son plan d’existence propre. A chaque auditeur une clé différente. Il faut juste parfois se donner la peine d’entrer vraiment, de tout son être, d’explorer chaque son, chaque mot prononcé, pour cerner ce qui, à l’écriture, a voulu être montré, se rendre compte qu’au-delà du simple plaisir de l’écoute il y a quelqu’un qui vous invite et se raconte… Aussi, pourquoi ne pas laisser Artrosis vous guider quelques instants vers sa dimension cachée ?…


Atrosis



L’histoire d’ici

Emergée en Pologne en 1995, cette formation de rock gothique fut propulsée par Tilo Wolff du groupe Lacrimosa qui les découvrit lors du festival Castle Party et leur donna l’opportunité de s’exporter hors de leur pays natal dont ils restent par ailleurs l’un des groupes gothiques phares.

Artrosis a enfanté sept albums jusqu’aujourd’hui, sortis souvent en deux versions, polonaise et anglaise. A cela s’ajoute une démo, un unique single, un live, et deux vidéos live. Imago, leur dernière œuvre étant récemment venue au monde ce 7 novembre 2011 après cinq années de silence studio. A noter que les deux derniers albums ne sont sortis qu’en polonais, signe sans doute que le groupe assume désormais pleinement sa langue et n’a plus besoin d’être traduit pour être apprécié. Le groupe changera souvent de membres tout au long de son parcours(*)mais sans jamais perdre l’oriflamme blonde de sa chanteuse Magdalena Stupkiewicz-Dobosz dite Medeah. Les mutations n’empêcheront pas l’esprit du groupe de demeurer authentique à travers les années et de se faire une place sur la scène gothique romantique européenne.


(*) détail du line-up :
Rafał Grunt "Grunthell" – Guitare (1999-2002, 2011-), Maciej Niedzielski – Synthétiseur (1995-2005, 2011-), Piotr Milczarek – Basse (2011-), Krystian Kozerawski "MacKozer" – Guitare (2002-2010), Remigiusz Mielczarek "Remo" – Basse (2002-2010), Łukasz Migdalski "Migdał" – Synthétiseur (2005-2010), Pawel Świca "Świcol" – Batterie (2007-2010), Krzysztof Białas "Chris" – Guitare (1995-1999), Mariusz Kuszewski "Mario" – Guitare (2003-2004), Marcin Pendowski – Basse (1998-2001), Konrad Biczak – Batterie (2005-2007).


Atrosis



Les touches du groupe

La musique d’Artrosis si elle est aisément qualifiable de gothique n’effleure que plus vaguement le métal. Les claviers y dominent souvent les guitares et, chose typique du groupe, ils vont même jusqu’à s’occuper des percussions. La voix est, elle, assez particulière, sans être agressive elle est sûre d’elle, tantôt doucement envoûtante, tantôt sombrement dédaigneuse, sans trop de minauderies et gardant une certaine mesure dans ses rares écarts plus sauvages. Un équilibre qui travaille davantage sur le détail que sur l’extrême. Dans l’ensemble leur musique est mélodique, accessible, soignée, souvent sage mais riches en reliefs. Il en faut d’ailleurs parfois peu pour que se fasse l’harmonie qui touche; une simple boucle de trois notes de clavier par exemple, doublée de cordes synthétiques et où lentement viennent se croiser quelques guitares plaintives, des chœurs, et quelques mots. Alors la magie prend, comme dans ce "Nothingness" qui nous chante le vide dans un mélange de douceur et de désespoir « Gate of hope smashed to dust… In my eyes – water… In my hair – fire… World’s end…. Nothingness – between me and him – nothingness. »


Atrosis



Une douceur ambigüe

Artrosis nage entre deux eaux. Les tableaux sonores qu’accroche le groupe mélangent modernité industrielle et une sorte d’intimisme « baroque » nostalgique des siècles passés. Le mariage de ces ambiances s’avère heureux, échappant plutôt bien aux clichés, renforçant cette sensation d’autre monde. Rajoutez à cela l’exotisme vocal des versions polonaises et le dépaysement est complet.

Le nom du groupe vient d’un jeu de mots faisant d’un romantique « Art of roses » un plus morbide « Artrosis » (arthrose). Mélange ou métamorphose qui se révèle aussi tout le long de leurs morceaux, car dans leur musique somme toute assez « gentille » se glisse des moments subtilement inquiétants, comme des échos sous-jacents venus des ténèbres plus bas, des instants d’ensorcèlement. Et dans le chant qui jamais n’agresse l’on croirait même par instant trouver la tendresse du diable. La voix de Medeah peut se faire plus funeste et sembler possédée, comme sur ces mots « It knows your name » sur le morceau "Samuel". Entre enchanteresse et sorcière, elle appelle à l’exorcisme de votre ressenti pour se taire. L’interprétation, changeante, habitée, sensuelle, évite la caricature et est remarquable justement par ce paradoxe, ce côté sinistre mais restant très naturel et familier. Les textes d’ailleurs, vibrant au milieu des paysages désolés de l’âme humaine, dégagent des effluves d’amour tourmenté dont on ne sait plus s’ils sont humains ou s’ils appartiennent à d’autres sortes d’entités.

Si l’on pourrait croire en lisant ce passage de "Unreal story II" « Me for you. You for me. Eternity for us » que la légèreté est de mise dans leurs chansons, lorsque se glisse sur ces mots une sombre inflexion, discrète mais presque démoniaque et que celle ci se resserre sur votre écoute, l’idylle prend tout à coup de troublantes et paradoxales couleurs de damnation.

« I can’t hold the words scuffling inside me. »


Atrosis



L’évolution

Leur album de jeunesse Ukryty wymiar/Hidden dimension, avec son petit goût amer de post adolescence, apporte déjà charme, énergie et passion. Quoiqu’un peu naïf par moments il laisse découvrir de belle façon leur univers. S’y alternent morceaux romantiques et épiques. Leur son, hors de toute modernité, y semble encore un peu immature.
Ensuite vient In nomine Noctis où l’aura du groupe prend une ampleur remarquable. Les instruments s’y font plus sûrs, les partitions y sont remarquablement bien menées. Medeah se montre moins rebelle mais intérieurement plus mûre et forte. Dans cet hymne à la nuit, le son déverse un mélange de contemplation du désastre et de résolution, de désespoir et d’envie de rester debout sur les cendres.

Emmené par le très beau single du même nom, l’album In the flower’s shade/Pośród Kwiatów I Cieni perdure dans la mélodie mais semble s’humaniser davantage. Une certaine douceur s’y révèle. Le groupe prend de l’assurance mais perd sans doute un peu de sa passion première.
Elle reviendra plus noire sur Fetish, premier album à porter le même nom en version polonaise et anglaise, qui s’ouvre dans une envoûtante ambiance épique. Les thèmes pourtant s’y font par la suite plus modernes, et le son plus indus et oppressant. L’album est varié, inspiré, réussi. Artrosis s’épanouit.

A partir de là l’instrumentation deviendra chaque fois plus électro, ce qui à mon sens est un peu dommage. Pour la peine l’album suivant Melange sera d’ailleurs un ratage total, un achoppement. Les morceaux y sont plats, tous inintéressants. Comme un début de métamorphose, mais ratée. A oublier.

Après un long silence Con Trust débarque, et de belle manière avec des contrastes jamais atteints, Medeah faisant sur quelques morceaux preuve d’une rage nouvelle. On pardonne alors à l’opus une ou deux pistes plus mièvres. Même le choix douteux des synthétiseurs avec leurs sonorités d’aquarium ne gène pas l’écoute, car vite submergés par des guitares inhabituellement musclées. A noter que pour l’instant l’album n’existe pas (encore ?) en anglais.

Imago leur nouvel opus, à peine révélé, de prime abord ne tient pas les promesses du précédent et pourrait bien être un second Melange échouant sur le rivage de l’inconséquence.

Si tout n’est pas parfait c’est que le démon d’Artrosis est humain. Et quoi qu’il en soit il laisse déjà derrière lui quelques belles landes de noirceur à explorer, à découvrir pour peu que l’on aime se soumettre à la sorcellerie de leurs mélopées crépusculaires.

« Quietly the gilt is off. I’ll close fire under my eyelids. I’ll start to write the following chapter. »


Atrosis


Novembre 2011,
Rédigée par Gabriel Leroy.



Discographie :

1996 - Siódma pieczęć (Démo, Autoproduction)
Artrosis - 1996 - Siódma pieczęć

1997 - Ukryty wymiar (Studio, Morbid Noizz Productions)
Artrosis - 1997 - Ukryty wymiar

1998 – Hidden Dimension (EP, Morbid Noizz Productions)
Artrosis - 1998 – Hidden Dimension

1998 – W Imie Nocy (Studio, Morbid Noizz Productions)
Artrosis - 1998 – W Imie Nocy

1998 - W górę (Single , Morbid Noizz Productions)
Artrosis - 1998 - W górę

1998 – Pośród Kwiatów I Cieni (Studio, Morbid Noizz Productions)
1999 – In the flower’s shade (Studio, Metal Mind Productions)
2000 - Live in Kraków (Vidéo VHS, Metal Mind Productions)
Artrosis - 1998 – Pośród Kwiatów I Cieni
(jaquette identique pour les deux versions et le live)

2001 – Fetish (Studio, Metal Mind Productions) (en deux versions, polonaise ou anglaise)
Artrosis - 2001 – Fetish

2001 – Koncert W Trojce (Live, Metal Mind Productions)
Artrosis - 2001 – Koncert W Trojce

2001 – In Nomine Noctis (EP, Metal Mind Productions)
Artrosis - 2001 – In Nomine Noctis

2002 – Melange (Studio, Metal Mind Productions) (en deux versions, polonaise ou anglaise)
Artrosis - 2002 – Melange

2002 - Among Flowers & Shadows - Live in Krakow (DVD, Metal Mind Productions)
Artrosis - 2002 - Among Flowers & Shadows - Live in Krakow

2006 – Con Trust (Studio, Metal Mind Productions)
Artrosis - 2006 – Con Trust

2011 (sortie le 11 novembre) – Imago (Studio, Mystic Production)
Artrosis - 2006 – Con Trust



Sites officiels du groupe :

Site
Myspace
Facebook
Twitter


Labels :

Metal Mind productions
Mystic Production (site polonais) et Mystic Production (Site anglais)



2 commentaires:

  1. Immanquablement la voix me rappelle celle de certains morceaux de Sirrah, et cela fait remonter foule de souvenirs...
    La justesse de ce type de métal gothique tient finalement à peu de choses, mais peut vraiment toucher en plein cœur parfois.

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  2. Je voulais parler de Moonlight et non de Sirrah... autant pour moi !

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