jeudi 30 août 2012

Infestus – "Ex|Ist" (2011)


(Par Lucy Dayrone / By Lucy Dayrone)


Infestus – Ex|Ist (2011)




Version anglaise/english version


Parution : Format : Label : Univers : Pays :
Mai 2011 LP Debemur Morti Productions Depressive Black Metal Allemagne


Line-up :

Andras : Vocaux, tous les instruments, mixage.

Membres additionnels :

Aucun.




J’ai découvert cet album via l’excellente interview de Metallian, dans le numéro 65. La session photos en disait très long, les commentaires un peu plus… Il me fallait me procurer cet album sans rien en écouter avant de le recevoir. Je tenais à ce rituel.

L’album en main, j’avais l’impression de porter une urne, celle contenant les cendres d’âme d’Andras, le compositeur, parolier, chanteur et musicien multi-instrumentaliste de ce très personnel album qu’est « Ex|Ist ».

En effet, cet opus entièrement créé par Andras est une sorte de journal intime, un témoignage de sa descente aux enfers, aux confins de lui-même, au plus profond de son être, là où tout n’est que désordre, laideur, chaos et douleur.

Un boîtier cristal traditionnel renferme un livret contenant les paroles, deux photos qui sont mélangées à l’artwork très simpliste, entre noir et gris, filaments, fêlures, rayures… L’image du CD reprend l’artwork sans rien de plus que le logo du label. Sur le back du boîtier, en intérieur, le copyright, les liens utiles, le concept de l’album. En extérieur, la track-list. Ni plus ni moins. On sait à quoi s’attendre en insérant le disque dans le lecteur.


Ici la fioriture n’est pas la bienvenue. L’essentiel est la note directrice. Comme un trompe-l’œil, Akoasma nous porte sur un filet de genre ambiant, qui m’a rappelé parfois Dagaard dans ses sonorités douces. Mais le titre va en évoluant, avec une parfaite maîtrise guitare/batterie, duo toujours enchanteur, exprimant les prémices d’une violence qu’on ne contient plus. Les premières images vocales, le premier cri, la première douloureuse mélodie. Introduction parfaite à l’introspection de l’auteur, n’ayant comme matériel de plongée que sa musique.

C’est d’ailleurs dans Down Spiral Depersonification qu’on sent l’apnée devenir suffocante. L’oxygène du bien-être manque à Andras comme à nous. Le vortex est ouvert, la descente n’a de cesse de durer tout au long du titre. La souffrance est intenable : souvenirs torturants, pesanteur de la réalité, marais émotionnels…


« Escaping from pain screaming memories
Where no remedies ever helped me out
I am falling deeper into what truly is
The oppressed sides of myself screaming out loud
»


Avec Darkness Blazing In The Flame Of Fire on atteint un sommet, celui du passé. Très simplement conté, ce titre est une porte ouverte sur les ombres que sont sa disgrâce, torturent son âme, le tiennent éloigné de tous dans une aura noire de solitude.

« Shadows reveal :
I am your disgrace, torturing your soul
Keeping you away from everyone

And I am what you feel while willing to end their lives
Leaving you alone with all your rage

We are everything that you try to escape
Ruining your life and all that is left

We are - the darkness, blazing in the flame of fire
»


Infestus


Derrière ce titre, il y a un vide dans la track-list, qui doit certainement représenter la fracture étrange entre le passé et le présent. Car cet album en est le fruit : « Ex|Ist » veut dire Ex (pour « passé » en latin) et Ist (pour « présent » en allemand), les deux reliés par une barre transversale représentant le lien entre le passé et le présent. Et lorsqu’on le lit ainsi, cela donne « Exist » en anglais, soit l’existence.

Ce chapitre premier est un passé douloureux, la suite est un présent de conciliation où la fin n’est pas la mort à proprement parler mais la soumission aux ombres. Le second chapitre termine sur un futur à supporter plus qu’à vivre, mais j’aimerai dire : tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir !


Ainsi Torn Observer est en quelque sorte une seconde introduction à ce chapitre nouveau :


« I dreamed of breathing out my life forever into the endless blackened night sky... »


Ce titre, suivi d’un excellent Miror Mind Reality, ma chanson préférée, ô combien adaptable à tout mélancolique amoureux des ténèbres, fait un lien parfait avec l’irrésistible envie d’y rester, que tout cesse, que le miroir se brise, puisque rien ne sait soigner ces plaies de l’âme, qu’aucun remède ne peut venir à bout de cet état schizophrénique. J’oserai dire que ces paroles là sont dangereuses. Andras nous mettra d’ailleurs en garde dans l’interview réalisée par Metallian (numéro 65) : « Alors attention quand vous l’écouterez… » Car cet album « peut ouvrir des portes qui ne se refermeront jamais ! ».


« Hold still ! We mean you no harm !
We will take what is rightfully ours !
Behold us ! The manifold contagious swarm !
We will assume control of all your powers !


The black foe that infiltrates my innermost
Swarm-like infesting even the smallest of my hideouts
Forced to inhale this poisonous mixture of my darkest parasites
Violently spreading – like storm clouds they carry destruction within
»

« Subject to this life force obscure
Losing myself in countless faces
Mirror Mind Reality – there is no fucking cure
Hearing Insanity’s call from my darkest place
»


Der Blick Hinaus est en allemand, ce qui est fort appréciable car plus personnel encore… Ce titre est cruel, c’est l’acceptation derrière la douleur. Alors Descend Direction Void clôt l’album. La folie est là, inévitablement, l’état de solitude est extrême. La chair demeure, le cœur pulse, les paupières s’ouvrent sur de nouveaux matins, mais à l’intérieur, immanquablement, le vide, l’absence d’empathie, le lac de l’esprit sans onde à la surface. L’être est calme car soumis désormais aux ombres qui vivent dans le feu noir, celui qui brûle la moindre sensation.


« Finally controlling every piece of mind and flesh
They drive me into utter nothingness
Into the dungeons they used to call their home
which now will be my final doom
»

« I rather die than to feel this pain
All my efforts – everything in vain
My emotions turn to grey
I will forever fade away
... fade away
»


Je n’ai pu parler de musique en même temps car chaque titre reprend la même ambiance. Si la mélodie est différente, d’un premier abord on a du mal à distinguer si on a déjà entendu ou non telle ou telle chanson, hormis pour Akoasma et Mirror Mind Reality. La musique est tout simplement « tripante » dans son ensemble, elle est comme un fil conducteur depuis l’ouverture du vortex jusqu’à la nuque d’Andras sur laquelle souffle la mort. La guitare est un flux mélodique qui nous rattache depuis le bord du vortex, pour ne pas sombrer complètement avec Andras. Les aigues prédominent comme pour figurer les cris, les hurlements, tandis que la batterie imite les battements de cœur, désordonnés, lourds, un rapide rythme de suffocation… Les temps morts sont grandement appréciables. Ils laissent cette sensation d’abandon, de flottement dans la chute. Lorsque la mélodie reprend, le plus souvent brutalement, l’aspiration est terrible. Violente et terrible. Les claviers aident grandement à mettre en place l’ambiance dépressive. Même s’ils sont beaucoup plus simplistes dans leurs notes que les deux précédents instruments, leurs nappes musicales sont posées là où elles font effet. C’est ainsi que je peux dire sans la moindre hésitation qu’Andras est un merveilleux musicien tout autant qu’un très bon chanteur.


« Ex||Ist » m’a prit plus d’un an d’écoute, de réflexion, de ressenti. Impossible d’en écrire quoi que ce soit avant : c’est un album qui se ressent, dangereusement, un trésor musical à posséder sur son étagère et une œuvre intime à respecter.


Infestus


Août 2012,
Rédigée par Lucy Dayrone.


Sources :

  • Interview Metallian n°65.








  • (By Lucy Dayrone)


    Release date : Type : Label : Genre : Country :
    May 2011 LP Debemur Morti Productions Depressive Black Metal Germany


    Infestus – Ex|Ist (2011)




    Line-up :

    Andras : Vocals, All instruments, mixing.

    Additional members :

    No.



    I discovered this album via Metallian excellent interview (65). The photos session told very long about the ambiance, comments on the interview a little more… So it was an emergency to me to get this album without listening to anything before receiving it. I liked this rite.

    The album in hands, I fell like i was carrying an urn, that containing ashes of the soul of Andras, the composer, lyric writer, singer and multi-instrumentalist musician of this very personal album named " Ex|Ist ".

    Indeed, this opus completely created by Andras is a kind of personal diary, a testimony of hi descent into hell, on the borderlines of himself, in the depths of his being, there where everything is only disorder, ugliness, chaos and pain.

    A traditional crystal case contains a notebook containing lyrics, two photos which are mixed in the very simplistic artwork, between black and grey, strands, cracks, scratches… The image of the CD resumes the artwork without anything more that the label's logo. On the back of the case, indoor, the copyright, the useful links, the concept of the album. Outdoor, the track-list. No more and no less. We know what to expect by listening to the record.


    Here the flourish is not welcome. The main part is the guiding music note. As a trompe-l'oeil, Akoasma guids us in an ambient genre, which sometimes reminded me Dagaard in its soft tones. But the title goes by evolving, with a perfect master's degree guitar / drums, duet always charming, expressing the beginning of a violence. The first vocal images, the first shout, the first painful melody. Introduction completed in the introspection of the author, having for equipment of dive only his music.

    It is moreover in Down Spiral Depersonification that we feel the apnea becoming close. The oxygen of the well-being misses to Andras as to us. The vortex is opened, the descent has respite to last throughout the song. The suffering is intolerable : agonizing memories, gravity of the reality, the "emotional moras"…


    « Escaping from pain screaming memories
    Where no remedies ever helped me out
    I am falling deeper into what truly is
    The oppressed sides of myself screaming out loud
    »


    With Darkness Blazing In The Flame Of Fire we reach a summit, the summit of the past. Very simply told, this song is an opened door on the shadows that are his disgrace, torture his soul, hold him remote from all in a black aura of solitude.

    « Shadows reveal :
    I am your disgrace, torturing your soul
    Keeping you away from everyone

    And I am what you feel while willing to end their lives
    Leaving you alone with all your rage

    We are everything that you try to escape
    Ruining your life and all that is left

    We are - the darkness, blazing in the flame of fire
    »


    Infestus


    Behind this song, there is a space in the track-list, which certainly has to represent the strange fracture between the past and the present. Because this album is the fruit of : " Ex|Ist " means to say Ex (for "past" in Latin) and Ist (for "present" in German), both connected by a crossbar representing the link between the past and the present. And when we read it, it gives "Exist" in English, the existence.

    This first chapter is a painful past, the continuation is a present of conciliation where the end is not the death strictly speaking but the submission in the shadows. The second chapter ends on a future to bear more than to live, but I shall like saying : while there's life, there's hope !


    So Torn Observer is in a way a second introduction in this new chapter :


    « I dreamed of breathing out my life forever into the endless blackened night sky... »


    This song, followed by an excellent Miror Mind Reality, my favorite song, o how much adaptable to quite melancholic loving of the darkness, makes a link completed with the irresistible envy of suicide, which everything stops, which the mirror breaks, because nothing can heal these wounds of the soul, because no remedy can get through this schizophrenic state. I shall dare to say that these words are dangerous. Andras will warn us moreover in the interview realized by Metallian (65): " then be carefull when you will listen to it… " Because this album " can open doors which will never close ! ".


    « Hold still ! We mean you no harm !
    We will take what is rightfully ours !
    Behold us ! The manifold contagious swarm !
    We will assume control of all your powers !


    The black foe that infiltrates my innermost
    Swarm-like infesting even the smallest of my hideouts
    Forced to inhale this poisonous mixture of my darkest parasites
    Violently spreading – like storm clouds they carry destruction within
    »

    « Subject to this life force obscure
    Losing myself in countless faces
    Mirror Mind Reality – there is no fucking cure
    Hearing Insanity’s call from my darkest place
    »


    Der Blick Hinaus is in German, what is very considerable more personal, a fabulous idea… This song is cruel, it is the acceptance behind the pain. Then Descend Direction Void closes the album. The madness is there, inevitably, the state of solitude is extreme. The flesh remains, the heart pulses, eyelids open on new mornings, but inside, inevitably, the emptyness, the absence of empathy, the lake of the spirit without waves on the surface. The being is quiet coach subjected henceforth to the shadows which live in the black fire, the one who burns the slightest sensation.


    « Finally controlling every piece of mind and flesh
    They drive me into utter nothingness
    Into the dungeons they used to call their home
    which now will be my final doom
    »

    « I rather die than to feel this pain
    All my efforts – everything in vain
    My emotions turn to grey
    I will forever fade away
    ... fade away
    »


    I was not able to speak about music at the same time because every songs resumes the same atmosphere. If the melody is different, of a first access we have difficulty in distinguishing if we have already heard or not this or this song, except for Akoasma and Mirror Mind Reality. The music is simply wonderfull throughout the album, it is as a vital lead since the opening of the vortex up to the nape of the neck of Andras on which the death blows. The guitar is a melodic flow which connects us since the edge of the vortex, not to sink completely with Andras. Aigues prevails as to represent the shouts, the roarings, whereas the drums imitates the beatings of heart, muddled, heavy, a fast rhythm of oppression… Timeouts are largely considerable. They gave this sensation of leaving, floating while we are falling. When the melody starts back, mostly brutally, the pursuit is terrible. Violent and terrible. Keyboards help largely to set up the depressive atmosphere. Even if they are much more simplistic in their notes than the previous two instruments, their musical tablecloths are put there where they make effect. This is why I can say without the slightest hesitation that Andras is a wonderful musician just as much as a very good singer. A really talented singer i've ever heard.


    " Ex|Ist " took me more than a year of listening and reflection, i needed to feel everything. Impossible to me to write my review before : it is an album which feels the effects, dangerously, a musical treasure to be possessed on its shelf and a masterpiece to respect.


    Infestus


    August 2012,
    Written by Lucy Dayrone.


    Sources :

  • Interview Metallian n°65.




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